“La colère, la haine et la trahison”. Ce sont les sentiments qui dominent chez les travailleurs de la centrale de Cordemais. Après des années d’incertitudes et de luttes pour maintenir la centrale de cette commune de moins de 4 mille habitants, EDF a annoncé par communication officielle le dimanche 29 septembre l’abandon du projet qui devait permettre la sauvegarde des emplois.
Mise en service en 1970, la centrale répond et approvisionne aujourd’hui la région en cas de demande accrue d’énergie et de crise. Plus de 330 personnes salariées et 70 prestataires font tourner cette centrale d’appoint. Plus encore que les emplois directs, la centrale permet indirectement l’activité locale, la vie des commerces de proximité et la mise en place d’infrastructures de qualité par la commune. Son impact local est majeur.
Je veux ici montrer comment la mobilisation pour la transition a été entravée par EDF avec la complicité de l’Etat. En 2014, EDF développe son programme de modernisation, qui vise à améliorer, moderniser et limiter l’impact des centrales. Mais en 2019, l’avenir de la centrale est mis à mal. La loi Énergie-climat, votée cette année-là, impose la fermeture progressive des centrales à charbon pour répondre à l’objectif général national de réduction de 44 % les émissions liées aux énergies fossiles. Depuis, le délai de cessation d’activité a été repoussé deux fois en 2024 puis en 2026 mais la question de l’avenir de la centrale et des emplois est restée en suspens.
Je veux pourtant qu’on rappelle l’engagement impressionnants des syndicats. L’intersyndicale -composée de FO, de la CGT et CFE-CGC- s’engage depuis des années dans la transition de la centrale. On se bat continuellement pour que la centrale réponde aux normes environnementales et puisse maintenir son activité. Malgré la fatigue et les lenteurs provoquées par EDF et le gouvernement, de nombreux projets ont été proposés. Le projet d’Ecocombust, débuté comme une expérience en 2017, visait par exemple à transformer la centrale de Cordemais en une centrale à biomasse issue de déchets verts. Argumentant la non-rentabilité du projet, EDF a écarté du revers de la main et annoncé la fin de l’expérimentation. Quelle honte pour une entreprise détenue à 100% par l’Etat ! Sa mission, rendre accessible et abordable l’énergie tout en assurant la transition écologique semble bien loin de ses intérêts. Nous exigeons que l’Etat s’engage pour la protection de la centrale et de ses emplois.
Les syndicats avaient aussi initié un projet reposant sur l’hydrogène. Face au silence de l’entreprise, FO s’est engagé dans des pourparlers avec l’entreprise européenne et d’origine nantaise Lhyfe, pour ainsi répondre aux enjeux climatiques. Pourtant EDF a refusé de donner suite à cette proposition.
Il n’est plus possible qu’EDF rejette et sanctionne systématiquement toutes les initiatives prises par les employés engagés. Sans proposer de solution, ils condamnent l’ensemble des initiatives prises, des actions et grèves menées. Suite à l’annonce officielle du retrait de la transition vers la biomasse, le seul projet qui demeure pour le site est la mise en place d’une usine d’entretien et de fourniture d’équipement. Cette usine, à travers Framatome, produirait des tuyauteries pour le nucléaire. Avec ce projet, on perdrait des emplois, puisque seule une petite partie des emplois -non qualifiés- seraient gardés tout en perdant ce site privilégié de production d’énergie. Par conséquent, je rejette avec fermeté cette reconversion qui n’est pas à la hauteur des enjeux de la centrale de Cordemais.
Au mépris de mes nombreuses sollicitations, le gouvernement ne fait rien. Il ne fait rien pour faciliter la transition de cette centrale. Pire encore, selon certains, Luc Rémont, le président-directeur général d’EDF, tenterait de se venger de l’État et de la hausse des taxes en mettant fin à cette centrale pourtant vitale pour le territoire. Tour à tour, l’Etat et EDF déclinent leur responsabilité. Et dans toute cette histoire, les employés de la centrales restent les derniers au courant. Mes questions écrites au gouvernement, mes interpellations et les rencontres, notamment avec le ministre de l’économie ou la ministre de la transition écologique, sont restées sans engagement concret de la part de l’État.
Si le mix énergétique est une nécessité absolue – pour rappel, notre programme comprend le 100 % renouvelable à horizon 2050 – cela ne peut pas se faire en détruisant l’emploi et en précarisant davantage les travailleurs. Une grande partie de l’économie et du dynamisme local dépend de cette centrale. Les syndicats ont montré qu’une autre voie était possible pour la sauvegarde et la transition de la centrale. J’exige donc qu’EDF et le gouvernement garantissent les emplois, la pérennité et la transition de la centrale. Pour cela, j’appelle à ce qu’on prenne enfin en compte les initiatives de syndicats, qu’ils soient au cœur des évolutions de la centrale.
