J’ai interpellé la ministre en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes sur les dérives sexistes et patriarcales de la plateforme de la caisse d’allocations familiales (CAF), de nature à limiter l’autonomie administrative et économique des personnes au sein du couple.
Des incohérences peuvent amener à une réelle dépendance sociale et financière des femmes, notamment victimes de violences conjugales de leur concubin. En effet, lorsque deux personnes en couple vivent sous le même toit, il leur est légalement demandé de le déclarer à la caisse d’allocations familiales. Leurs deux comptes précédemment créés sont, à la suite de la transmission de cette information, automatiquement liés. Seul l’un des deux individus du couple récupère l’accès à ce compte commun. Il est désigné comme « allocataire » et est l’unique personne détenant le droit de déléguer, ou non, le compte à l’autre personne du couple.
Ainsi, une femme victime de violences conjugales dont l’autre personne du couple lui refuse la délégation du compte ne peut avoir accès à aucun recours afin de s’y connecter. Dans le cas où celle-ci n’a pas les moyens de quitter le logement commun, du fait de sa précarité ou d’une pression morale exercée par son conjoint ou sa conjointe, la victime se retrouve ainsi entièrement dépendante de celui-ci ou de celle-ci et ne détient par conséquent aucune information sur la gestion des comptes de leur vie commune.
Cette monopolisation du compte d’allocations familiales ne devrait pas avoir lieu. Pour des raisons d’équité, la délégation du compte CAF devrait être automatique pour les deux individus du couple.
Indépendamment des cas de violence, plusieurs témoignages font état de pratiques administratives interrogeant la pleine reconnaissance de l’identité des femmes dans leurs relations avec les CAF, notamment lorsque le nom du conjoint est utilisé alors qu’elles ne l’ont pas demandé.
La question se pose également pour les prestations sociales : pour le RSA, dont 54 % des allocataires sont des femmes d’après les chiffres de l’INSEE, et la prime d’activité, les ressources du conjoint sont prises en compte, ce qui peut conduire une personne sans emploi à voir son droit au RSA réduit ou supprimé sans pour autant disposer d’un revenu personnel. La conjugalisation de ces prestations, qui ne tient pas compte notamment de la séparation de corps, peut ainsi renforcer la dépendance économique au sein du couple.
En conséquence, j’ai demandé à la ministre de garantir à chacun des membres d’un couple un accès direct à son dossier CAF et à l’ensemble des informations relatives à ses droits, indépendamment de son conjoint.
Il faut d’urgence engager une réflexion sur l’individualisation ou la déconjugalisation de certaines prestations sociales, afin de renforcer l’autonomie économique et administrative de chacune et chacun et de prévenir les situations de dépendance au sein du couple, notamment dans le cadre des violences conjugales.
Je télécharge la question au format PDF.
