À Basse-Indre, ce sont 97 emplois sur les 340 du site qui sont directement visés par le plan brutal annoncé par ArcelorMittal. Derrière ces chiffres, ce sont 97 vies, 97 familles plongées dans l’angoisse du lendemain.
La direction justifie ces suppressions par des « coûts de fonctionnement trop lourds ». En réalité, ce qui est mis en balance, ce sont des vies brisées contre des dividendes records. Ce n’est pas un simple plan social : c’est la planification macabre d’une mort industrielle.
Derrière les chiffres, une histoire ouvrière
L’usine de Basse-Indre, c’est deux siècles d’histoire ouvrière. Un site bicentenaire qui a vu se succéder des générations entières de travailleuses et travailleurs. Des arrière-grands-pères envoyés au laminoir dès l’âge de 11 ans, des pères, des fils et des filles formées à la métallurgie. Ici, l’industrie n’est pas qu’une activité économique : c’est un héritage, des savoir-faire, une communauté soudée autour de son usine.
Ironie cruelle : l’année dernière encore, ArcelorMittal célébrait en grande pompe les 200 ans du site, aux côtés de son PDG. Montant de la fête : 200 000 euros payés par le CE. Un an plus tard, ce sont les licenciements massifs. Scandale !
Le pillage d’ArcelorMittal
En 2024, Denain et Reims ont fermé. Aujourd’hui, c’est Basse-Indre qui est le plus menacé mais les licenciements concernent aussi Fos-sur-Mer, Florange, Dunkerque. Au total, ce sont 390 emplois qui seront supprimés en France.
Pourtant, le groupe affiche des bénéfices colossaux et continue de verser des dividendes records à ses actionnaires :
- 919 millions d’euros en 2023
- 1,34 milliard d’euros en 2024
Dans le même temps, ArcelorMittal bénéficie d’un soutien massif de l’État :
- 298 millions d’euros d’aides publiques en 2023
- 622 millions depuis 2013 au titre de la décarbonation
En contrepartie ? Aucun investissement à la hauteur, aucun plan de modernisation.
Pendant que l’argent public soutient les usines françaises, le groupe délocalise en Inde et investit… un milliard de dollars aux États-Unis.
La sidérurgie n’est pas un secteur isolé : elle irrigue toute l’économie. Si elle tombe, ce sont l’automobile, la construction navale, le bâtiment qui sont fragilisés.
Macron et ses gouvernements : des discours, aucune action
Depuis des années, les gouvernements successifs parlent de « souveraineté industrielle », de « relocalisations », d’« État stratège ». Or, c’est Emmanuel Macron lui-même qui avait déjà validé la vente de la branche énergie d’Alstom à l’Américain General Electric alors qu’il était Ministre de l’Economie.
Et aujourd’hui, rien n’est fait pour protéger la sidérurgie. On refuse la nationalisation, on détourne le regard quand des bassins de vie entiers sont menacés. Sauver une filière stratégique devrait être une évidence. Au lieu de cela, ce sont les actionnaires se gavent pendant que les ouvriers vont pointer au chômage.
Les solutions existent
Trois décisions simples pourraient changer la donne et sauver la sidérurgie française :
- Nationaliser l’entreprise pour la protéger d’une logique uniquement financière. Même ces grands communistes d’Anglais l’ont fait pour leurs hauts fourneaux !
- Interdire les licenciements lorsqu’on verse des dividendes
- Conditionner les aides publiques au maintien de l’emploi : pas d’argent public sans garanties sociales et industrielles.
Défendre la sidérurgie, c’est défendre la souveraineté de la France
Ce qui se joue à Basse-Indre dépasse largement une commune ou un département. C’est l’avenir de toute la sidérurgie française qui est en cause. La sidérurgie, ce n’est pas une industrie comme une autre. C’est une filière stratégique.
Les sites français d’ArcelorMittal sont aujourd’hui cruciaux pour de nombreux secteurs industriels clés : l’automobile (notamment grâce aux aciers galvanisés de Dunkerque), la construction navale et nucléaire (avec les aciers spéciaux du Creusot et de la Loire), la fabrication de pipelines, de transformateurs et de structures métalliques lourdes, l’industrie défensive, aérospatiale et ferroviaire, ainsi que les infrastructures de transport et énergétiques (via les produits plats et laminés à chaud de Fos‑sur‑Mer).
Sans cette production d’acier en France, de nombreuses filières stratégiques seraient contraintes de se tourner vers l’étranger, au risque de ruptures d’approvisionnement, d’explosion des coûts, de dépendance accrue et de perte irréversible de compétences industrielles.
Sans acier français, pas d’industrie française. Sans industrie française, pas de souveraineté française. Nous refusons que deux siècles d’histoire industrielle soient balayés d’un revers de main. Avec mes collègues parlementaires insoumis, nous serons aux côtés des salarié·es dans la lutte.
Je consulte le texte de loi déposé par Aurélie Trouvé pour nationaliser Arcelor Mittal
